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« Treize chibanis harkis » est un voyage à travers une période sombre et douloureuse de l’Algérie.

Cette exposition présente les œuvres du peintre Serge Vollin, accompagnées de textes de l’historienne Fatima Besnaci-Lancou, adaptés de son ouvrage du même nom paru en 2006, aux édition Tisésias.

« Treize chibanis harkis » retrace à la fois une période douloureuse de l’Algérie et l’histoire des harkis, anciens supplétifs engagés dans l’armée française. Afin de peindre, Serge Vollin s’est inspiré de témoignages de treize chibanis (« vieux » ou « qui a les cheveux blanc » en arabe), sur leur expérience de guerre, de l’exil et de la relégation dans les camps, notamment celui de Rivesaltes.

Le peintre pratique un art brut, les personnages n’ont ni bouche, ni oreille, comme si le spectateur devait faire appel à son imaginaire pour saisir une émotion violente. Les peintures représentent ces déracinés qui sont passés par d’infinies épreuves et dont la seule revendication n’est pas une réparation matérielle mais simplement la quête de vérité pour les générations futures.

En 2006, sous l’impulsion du Département des Pyrénées-Orientales et de l’association Harkis et droits de l’homme, l'exposition a été accueillie à la Maison de la Catalanité de Perpignan. Le Mémorial du Camp de Rivesaltes la présente aujourd’hui sous une forme renouvelée.

L'exil des Harkis

Dès la signature des Accords d’Évian, en 1962,  près de 750 000 français de souche européenne prennent la route de l’exil. À partir du 3 juillet 1962, pour fuir les violences à leur encontre, des familles de harkis, françaises, quittent à leur tour leur pays natal. Malgré les mesures prises par les autorités françaises pour les maintenir dans l’Algérie indépendante, environ 90 000 personnes traversent la Méditerranée pour se réfugier en France. Près de la moitié, recueillis par des militaires français, vont transiter par des camps en Algérie, puis en France, notamment celui de Rivesaltes. Considérées comme « indésirables », ces familles seront traitées comme des « réfugiés » et non comme des « rapatriés ». Elles seront reléguées dans des camps puis dans des hameaux de forestage où elles subiront le dénuement, l’oubli ou l’enfermement dans le cas des camps de Bias (Lot-et-Garonne) et de Saint-Maurice l’Ardoise (Gard)

Tableau : Fuite en bateau, Serge Vollin, 2005

Le 3 juin 1962, Ali quitte l’Algérie en bateau avec quinze autres familles. Une semaine après son arrivée en France, il est conduit dans le camp de La Courtine, dans la Creuse. Comme il est toujours militaire, il reprend son service. Ali apprend ensuite que ses quatre frères se trouvent au camp de Rivesaltes. Ces derniers sont ensuite transférés vers le camp du Larzac. Ils se retrouvent un an après, dans le camp du Puycelci, dans le Tarn.

Biographies

SERGE VOLLIN

Serge Vollin est né en 1946 dans les Aurès, sous le nom de Chérif Ben Amor. Il quitte l’Algérie en 1963 pour la France. En 1973, il choisit d’aller vivre en Allemagne, à Munich, où il travaille comme agent de sécurité. Son passé traumatique le conduit régulièrement à faire des séjours dans divers hôpitaux psychiatriques, où il commence à peindre dans une optique thérapeutique. Encouragé à poursuivre, il est remarqué par plusieurs galeries. Les toiles de Serge Vollin ont notamment été exposées à la Luise Ross Gallery de New-York en 1998, à la Biennale d’art brut de Berlin en 2006, ainsi qu’à l’Institut des Cultures d’Islam de Paris en 2008. Actuellement, il rythme sa vie par des séjours alternés en Allemagne et en France, où il conserve un atelier.

FATIMA BESNACI-LANCOU

Docteur en Histoire contemporaine, Fatima Besnaci-Lancou est spécialiste de la guerre d’Algérie, notamment des camps d’internement, des camps de regroupement et de l’enrôlement des supplétifs de l’armée française. Elle a écrit plusieurs ouvrages de référence sur l’histoire des camps en France et en Algérie et sur celle des harkis dont Treize chibanis harkis (éditions Tirésias, 2006) et Harkis au camp de Rivesaltes, La relégation des familles, septembre 1962 - décembre 1964 (éditions Loubatières / Mémorial du Camp de Rivesaltes, 2019). Membre du Conseil scientifique du Mémorial du Camp de Rivesaltes, Fatima Besnaci-Lancou reçoit, en 2005, le prix de la Fondation Seligmann contre le racisme et l’antisémitisme. Depuis 2018, elle est membre du conseil d’administration de cette Fondation, qui finance des projets scolaires et associatifs luttant contre le racisme et apportant de l’aide aux migrants.

Tableau : Azzedine, Serge Vollin, 2005

À la fin de la guerre, Azzedine est sauvé grâce à l’intelligence de son épouse. Alors qu’il est menacé d’être arrêté, elle le fait dormir dans la chambre des femmes, habillé avec ses vêtements.